Le gouvernement marocain a présenté mardi un ambitieux programme agricole baptisé « Génération Green Plus », doté d’une enveloppe de 45 milliards de dirhams sur quatre ans. Ce plan vise à transformer radicalement le secteur agricole du royaume en misant sur l’innovation technologique, l’irrigation intelligente et le développement des filières d’exportation vers les marchés africains et européens.
L’irrigation intelligente, pilier de la nouvelle stratégie
Face au stress hydrique croissant qui touche l’ensemble du bassin méditerranéen, le Maroc a fait le choix audacieux de l’irrigation de précision. Le programme prévoit l’équipement de 500 000 hectares supplémentaires en systèmes de goutte-à-goutte connectés, pilotés par des capteurs d’humidité et des algorithmes d’intelligence artificielle. Ces technologies, développées en partenariat avec des startups marocaines de la Technopolis de Rabat, permettent de réduire la consommation d’eau de 50 % tout en augmentant les rendements de 30 %.
Le ministre de l’Agriculture a détaillé lors de la conférence de presse que 12 nouvelles stations de dessalement à énergie solaire seront construites le long de la côte atlantique. Ces installations alimenteront directement les périmètres irrigués des régions de Souss-Massa et du Gharb, sécurisant ainsi la production maraîchère et agrumicole du pays face aux aléas climatiques.
La révolution des semences et de l’agriculture biologique
Le volet recherche et développement du plan mobilise à lui seul 8 milliards de dirhams. L’Institut national de la recherche agronomique (INRA) a été mandaté pour développer de nouvelles variétés de blé, d’orge et de maïs résistantes à la sécheresse et adaptées aux conditions pédoclimatiques marocaines. Les premiers résultats sont prometteurs : une variété de blé dur baptisée « Atlas 2026 » a démontré des rendements supérieurs de 40 % aux variétés conventionnelles lors des essais menés dans la plaine du Saïss.
L’agriculture biologique constitue un autre axe majeur du programme. Le gouvernement ambitionne de porter la surface cultivée en bio de 200 000 à 600 000 hectares d’ici 2030, faisant du Maroc le premier producteur biologique du continent africain. Des incitations fiscales et des subventions à la conversion sont prévues pour accompagner les agriculteurs dans cette transition, avec un accent particulier sur les coopératives féminines des régions rurales.
Les exportations agricoles : cap sur l’Afrique subsaharienne
Si l’Union européenne reste le premier débouché des produits agricoles marocains, le plan Génération Green Plus accorde une place prépondérante à la diversification des marchés d’exportation. Le continent africain, avec sa population en croissance rapide et ses besoins alimentaires grandissants, représente une opportunité stratégique que le Maroc entend saisir pleinement.
Des accords commerciaux préférentiels ont été signés avec le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria pour l’exportation de fruits, légumes, produits laitiers et conserves alimentaires. Une flotte de camions frigorifiques reliera prochainement Tanger-Med aux capitales ouest-africaines via la route transsaharienne, réduisant considérablement les délais de livraison et les coûts logistiques.
L’agritech marocaine en plein essor
Le programme consacre 3 milliards de dirhams au soutien de l’écosystème agritech national. Trois nouveaux incubateurs dédiés aux startups agricoles seront créés à Meknès, Agadir et Béni Mellal, offrant des financements d’amorçage, du mentorat et un accès aux terres expérimentales. L’objectif est de faire émerger 200 nouvelles entreprises technologiques dans le secteur agricole d’ici 2028.
Parmi les innovations les plus prometteuses figure une plateforme de commerce électronique connectant directement les petits producteurs ruraux aux marchés urbains, éliminant les intermédiaires qui captent traditionnellement jusqu’à 60 % de la valeur ajoutée. Lancée comme projet pilote dans la région de Fès-Meknès, cette plateforme a déjà permis à 3 000 agriculteurs d’augmenter leurs revenus de 45 % en moyenne.
Sécurité alimentaire et souveraineté
Le plan intègre également un volet stratégique dédié à la sécurité alimentaire nationale. La constitution de réserves stratégiques de céréales pour une durée de six mois, contre trois actuellement, figure parmi les mesures phares. Des silos de stockage d’une capacité totale de 4 millions de tonnes seront construits dans les principales régions céréalières du pays.
La filière sucrière bénéficiera d’investissements massifs pour atteindre l’autosuffisance. Trois nouvelles sucreries seront érigées dans les périmètres irrigués du Gharb et du Tadla, portant la capacité de transformation nationale à 800 000 tonnes par an. Cette mesure vise à réduire la facture d’importation de sucre, qui pèse actuellement plus de 5 milliards de dirhams par an sur la balance commerciale.
Un modèle pour le continent
Les observateurs internationaux saluent l’approche intégrée du Maroc, qui combine modernisation technologique, durabilité environnementale et inclusion sociale. La Banque africaine de développement a d’ores et déjà annoncé un financement de 2 milliards de dollars pour soutenir la mise en œuvre du programme, tandis que plusieurs pays africains ont exprimé leur intérêt pour s’inspirer du modèle marocain.
Avec Génération Green Plus, le Maroc affirme sa volonté de jouer un rôle de premier plan dans la résolution des défis alimentaires du continent africain, tout en assurant la prospérité de ses propres communautés rurales. Le succès de ce programme sera déterminant pour l’avenir agricole non seulement du royaume, mais de l’ensemble de la région nord-africaine.














