Le Maroc vient de franchir une étape décisive dans sa stratégie de transition énergétique. Le gouvernement a annoncé ce lundi un plan d’investissement massif de 12 milliards de dirhams destiné à renforcer les capacités de production d’énergie solaire du royaume, confirmant ainsi l’ambition du pays de devenir un leader continental dans les énergies renouvelables.
Un programme solaire d’envergure nationale
Ce nouveau plan, baptisé «Noor Avenir 2030», prévoit la construction de six nouvelles centrales solaires réparties entre les régions de Drâa-Tafilalet, l’Oriental et Souss-Massa. Ces installations viendront compléter le complexe solaire Noor de Ouarzazate, déjà l’un des plus grands au monde, portant la capacité totale du pays à plus de 5 gigawatts d’ici 2030.
Le ministre de la Transition énergétique a souligné lors d’une conférence de presse à Rabat que ce programme permettra de réduire la dépendance du Maroc aux importations de combustibles fossiles de 35 % supplémentaires. «Notre objectif est clair : faire du Maroc le premier exportateur d’énergie propre en Afrique du Nord», a-t-il déclaré devant un parterre d’investisseurs nationaux et internationaux.
Des retombées économiques considérables
Au-delà de la dimension environnementale, le programme Noor Avenir 2030 promet des retombées économiques significatives. Selon les projections du ministère de l’Industrie, les chantiers de construction généreront plus de 25 000 emplois directs et 40 000 emplois indirects sur une période de quatre ans. Les régions ciblées, souvent marquées par un taux de chômage élevé, devraient bénéficier en priorité de ces opportunités.
Le secteur privé marocain se positionne déjà pour tirer profit de cette dynamique. Plusieurs entreprises nationales spécialisées dans la fabrication de panneaux solaires et de composants électriques ont annoncé des plans d’expansion de leurs usines. La zone industrielle de Tanger-Med accueillera notamment une nouvelle unité de production de cellules photovoltaïques, fruit d’un partenariat entre un consortium marocain et un groupe technologique sud-coréen.
Le Maroc, hub énergétique régional
L’ambition du royaume ne se limite pas à couvrir ses propres besoins. Le projet d’interconnexion électrique sous-marine avec l’Espagne, dont les études de faisabilité sont en phase finale, permettra au Maroc d’exporter son surplus d’énergie verte vers le marché européen. Cette infrastructure stratégique, d’un coût estimé à 800 millions d’euros, devrait être opérationnelle d’ici 2029.
Par ailleurs, le Maroc renforce ses partenariats énergétiques avec ses voisins africains. Des accords-cadres ont été signés avec le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Nigeria pour le transfert de technologie et l’assistance technique dans le domaine des énergies renouvelables. Ces coopérations Sud-Sud illustrent la volonté du royaume de jouer un rôle de pont énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
L’hydrogène vert, prochaine frontière
En parallèle du programme solaire, le Maroc accélère ses investissements dans l’hydrogène vert. La région de Guelmim-Oued Noun a été désignée comme zone prioritaire pour l’implantation de la première usine de production d’hydrogène vert à grande échelle du continent africain. D’une capacité initiale de 100 000 tonnes par an, cette installation utilisera exclusivement de l’énergie solaire et éolique pour la production par électrolyse.
Les analystes du secteur estiment que le marché mondial de l’hydrogène vert atteindra 200 milliards de dollars d’ici 2030. En se positionnant dès maintenant, le Maroc espère capter une part significative de ce marché en pleine expansion, notamment grâce à sa proximité géographique avec l’Europe et à ses coûts de production compétitifs.
Défis et perspectives
Malgré ces avancées prometteuses, des défis persistent. La question du stockage de l’énergie reste un enjeu majeur, tout comme la modernisation du réseau de distribution électrique national. Le gouvernement a toutefois assuré qu’un programme complémentaire de 3 milliards de dirhams sera consacré à la mise à niveau des infrastructures de transport d’électricité sur l’ensemble du territoire.
Les organisations environnementales ont globalement salué cette initiative, tout en appelant à une vigilance accrue sur l’impact écologique des chantiers dans les zones désertiques. La gestion durable de l’eau, ressource critique pour le refroidissement des centrales solaires thermiques, figure parmi les préoccupations exprimées par les experts.
Avec ce nouveau plan, le Maroc confirme sa place parmi les nations les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique, tout en transformant cette transition en un véritable levier de développement économique et social pour l’ensemble de ses citoyens.













