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Automobile : le Maroc exporte un million de véhicules et vise la pole position en Afrique

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L’industrie automobile marocaine vient de franchir un jalon historique. Pour la première fois, le royaume a exporté plus d’un million de véhicules sur une période de douze mois glissants, propulsant le secteur au rang de premier poste d’exportation du pays devant les phosphates. Ce résultat spectaculaire couronne deux décennies d’investissements stratégiques qui ont transformé le Maroc en une puissance industrielle automobile reconnue sur la scène mondiale.

Le corridor Tanger-Kénitra, cœur battant de l’industrie

L’essentiel de cette production se concentre le long de l’axe Tanger-Kénitra, un corridor industriel de 250 kilomètres qui rassemble les deux géants de l’assemblage automobile au Maroc. L’usine Renault de Tanger, la plus grande du continent africain, tourne à plein régime avec une cadence de 1 400 véhicules par jour, tandis que le complexe Stellantis de Kénitra, inauguré en 2019, a porté sa capacité à 400 000 unités annuelles après une troisième phase d’extension achevée en début d’année.

Les deux constructeurs ont considérablement élargi leur gamme de modèles assemblés au Maroc. Renault y produit désormais cinq modèles différents, dont le nouveau Dacia Bigster qui connaît un succès commercial retentissant en Europe, tandis que Stellantis assemble des véhicules sous les marques Peugeot, Citroën et Opel destinés à plus de 70 marchés à travers le monde.

Un écosystème de sous-traitance mature

La réussite du Maroc dans l’automobile ne repose pas uniquement sur l’assemblage final. Le pays a réussi à développer un tissu dense de sous-traitants qui fournissent des composants à forte valeur ajoutée. Le taux d’intégration locale atteint désormais 65 %, contre seulement 35 % il y a dix ans. Plus de 250 équipementiers internationaux et marocains sont implantés dans les zones industrielles dédiées, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur : câblage, sièges, tableaux de bord, systèmes de freinage, composants moteur et électronique embarquée.

Le groupe japonais Yazaki, premier employeur privé du Maroc avec plus de 40 000 salariés, a récemment inauguré sa huitième usine dans le pays, spécialisée dans les faisceaux de câbles pour véhicules électriques. Le français Valeo a quant à lui choisi Tanger pour implanter son centre mondial de développement de systèmes de confort thermique pour véhicules électriques, un investissement de 800 millions de dirhams qui créera 1 500 emplois hautement qualifiés.

Le virage électrique, nouvelle ambition

Conscient que l’avenir de l’industrie automobile est électrique, le Maroc accélère sa transition vers la mobilité verte. Le gouvernement a adopté en avril une feuille de route ambitieuse pour faire du royaume un hub de production de véhicules électriques et de batteries pour le marché européen et africain. L’objectif est de produire 500 000 véhicules électriques par an d’ici 2030.

Le projet le plus structurant est la construction d’une gigafactory de batteries lithium-ion dans la région de Jorf Lasfar, portée par un consortium sino-marocain. D’une capacité de 20 GWh, cette usine représentera un investissement de 13 milliards de dirhams et emploiera directement 3 000 personnes. Le Maroc dispose d’un avantage compétitif majeur dans ce domaine grâce à ses réserves de cobalt et de manganèse, deux minerais essentiels à la fabrication des batteries.

La formation, clé de la compétitivité

Pour accompagner cette montée en gamme, le Maroc a massivement investi dans la formation professionnelle spécialisée. L’Institut de formation aux métiers de l’industrie automobile (IFMIA), créé en partenariat avec Renault et l’État marocain, a formé plus de 50 000 techniciens depuis son ouverture. Deux nouveaux centres de formation dédiés à l’électromobilité ouvriront leurs portes en septembre à Tanger et Kénitra, en collaboration avec le groupe allemand BMW qui envisage d’implanter une unité d’assemblage au Maroc.

Les universités marocaines s’adaptent également. L’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir a lancé un master en ingénierie des véhicules autonomes et connectés, en partenariat avec le MIT et l’École polytechnique de Paris. Ce programme, le premier du genre en Afrique, vise à former les ingénieurs qui concevront les voitures de demain.

L’Afrique, marché de demain

Si l’Europe absorbe actuellement 85 % des exportations automobiles marocaines, le continent africain représente un relais de croissance stratégique. La classe moyenne africaine, en expansion rapide, constitue un marché potentiel de plusieurs dizaines de millions de consommateurs pour des véhicules abordables. Renault a d’ailleurs lancé depuis le Maroc une gamme de modèles spécifiquement conçus pour les marchés africains, avec des motorisations adaptées aux conditions routières locales et des prix compétitifs.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) facilite cette expansion en réduisant les barrières tarifaires. Des accords de distribution ont été conclus avec des partenaires dans 15 pays africains, et un réseau de service après-vente se déploie progressivement à travers le continent. Le Maroc ambitionne de devenir le principal fournisseur automobile de l’Afrique, un objectif qui semble de plus en plus réaliste au vu de la dynamique actuelle.

Défis logistiques et environnementaux

Cette croissance industrielle impose de relever des défis logistiques considérables. Le port de Tanger-Med, principal point de sortie des véhicules exportés, a dû aménager de nouveaux parkings de pré-embarquement d’une capacité de 25 000 véhicules pour absorber les flux croissants. La ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Tanger à Casablanca est également mise à contribution pour le transport de composants entre les différents sites industriels.

Sur le plan environnemental, les constructeurs présents au Maroc s’engagent à décarboner leurs opérations. L’usine Renault de Tanger, alimentée à 100 % par des énergies renouvelables depuis 2023, fait figure de modèle. Stellantis a annoncé que son site de Kénitra atteindra la neutralité carbone d’ici 2027, grâce à l’installation de 80 000 mètres carrés de panneaux solaires et à un système innovant de récupération des eaux industrielles.

Avec un chiffre d’affaires à l’export de plus de 130 milliards de dirhams et près de 220 000 emplois directs, l’industrie automobile est devenue le fer de lance de l’économie marocaine, illustrant la capacité du royaume à se positionner sur des segments industriels à forte valeur ajoutée dans un environnement mondial hautement compétitif.

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